Tolérance à la détresse

Caractéristiques

Inspiré de l'approche dialectique comportementale de Linehan, voici le tableau sur la tolérance à la détresse :

Il a pour objectif d'aider la personne aux prises avec le trouble de personnalité limite à survivre aux crises au moyen d'activités, de bénévolat, de lectures, de prières, etc.; à s'auto-réconforter en ayant recours à des activités qui mettent en éveil l'un de ses cinq sens (regarder la nature, écouter de la musique, sentir son parfum favori, manger une crème glacée, manipuler de la terre glaise), à améliorer le moment présent par l'imagerie mentale, la relaxation ou des exercices de respiration; aider la personne à se permettre quelques moments de répit, à mesurer le pour et le contre d'une situation et à accepter la réalité telle qu'elle est de façon radicale.


Synthèse du module

Principes à retenir

  • La crise est un processus ayant un début et une fin.
  • La douleur fait partie de la vie : Principes de base de l'acceptation de la réalité.
  • Sélectionner et ajuster la durée et le nombre de stratégies selon l'intensité de la crise.
  • Éviter de se retrouver détérioré en post-crise (être moins à risque).
  • Tableau des quatre stratégies de survie en cas de crise (TOLÉRANCE) :
    - En expérimenter
    - Se faire sa propre liste d'urgence
      Types :
    - Se distraire
    - Cinq sens
    - Améliorer la situation
    - Pour / Contre
  • Trois types de stratégies d'acceptation de la réalité :
    - En expérimenter
    - Choisir ses préférences
      Types :
    - Respiration
    - Demi-sourire
    - Prise de conscience

  • Source : Groupe psychoéducatif du Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean, Atelier sur la Tolérance à la détresse, Janvier 2000, Brigitte Lefebvre, Ergothérapeute

    Processus de crise

    DÉTRESSE : (latin : passage étroit) Affliction, angoisse, désarroi
    Sentiments de la détresse : abandon, solitude, impuissance, désespoir, tristesse, découragement

    CRISE : (chinois : deux aspects ; croissance/opportunités* - danger/conflit)
    * Opportunités de solution, de changement, de croissance, de prendre contact avec des ressources que l'on ne soupçonne pas, occasion de dépasser ses limites, en autant que l'on résout la crise de façon appropriée (stratégies saines, sans détérioration).

    Manifestations au plan :
    § Cognitif : désorganisation, clivage, processus de résolution de problème infantile, distorsion, retenir des réactions spontanées.
    § Affectif : tension émotionnelle (intensité), anxiété (jusqu'à l'angoisse intense), régression (désir de dépendance, d'être prise en charge).
    § Comportemental : agitation (aucune concentration, ne termine pas ce qui est commencé…) ou apathie (passivité, isolement…), désinvestissement des AVQ (Activités de la Vie Quotidienne) et AVD (Activités de la Vie Domestique).


    EXPLICATION DE LA CRISE
    Selon Caplan (1964) la crise est "une période relativement courte (temps défini) de déséquilibre (perte de contrôle) psychologique chez une personne confrontée à un événement dangereux (vécu comme une menace - réelle ou appréhendée) qui représente un problème important pour elle, et qu'elle ne peut fuir ni résoudre avec ses ressources habituelles de solution de problème".


    Tableau 1

    Tableau 2

    Voir aussi les tableaux sur le processus de crise
    en cliquant sur les liens suivants :
  • Tableau 3
  • Tableau 4

  • Facteurs de vulnérabilité qui contribuent
    à la pensée émotionnelle intense

  • État de santé affaibli
  • Impulsivité et hyperémotivité
  • Syndrome pré-menstruel et ménopause
  • Fatigue
  • Habitudes de vie :
    - surconsommation de drogue, d'alcool ou de médicaments
    - mauvaise alimentation
    - insomnie
    - hypersomnie
    - mauvaise condition physique
  • Stress environnementaux :
    - problèmes financiers
    - problèmes familiaux
    - problèmes sociaux
    - problèmes professionnels

  • Protocole d'analyse du comportement dommageable

    En vous engageant dans une thérapie, vous acceptez de mettre en priorité le contrôle de tout comportement dommageable : comportement parasuicidaire, suicidaire, hétéro-agressif (envers les autres) ou tout autre comportement impulsif.

    Ainsi, si vous avez présenté un comportement dommageable, il est exigé que vous vous impliquiez dans ce protocole en priorité.

    Ce protocole comporte 3 étapes.

    Étape 1 : Analyse de votre comportement et analyse de solutions

    Vous complétez ce questionnaire seul(e), au meilleur de vos connaissances. De travailler seul(e) à cette étape vous aidera à ne pas être distrait(e) et de pouvoir ainsi mettre le focus sur vos propres pensées.

    Aucun contact n'aura (ne doit avoir) lieu avec tout professionnel de la clinique spécialisée (exemple : Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean) durant les premières 24 heures suivant le comportement. Après ce délais, vous pourrez utiliser un rendez-vous supplémentaire (si possible).

    Étape 2 : Retour en psychothérapie

    Vous devez vous présenter à votre prochaine rencontre individuelle avec en main votre protocole complété. La rencontre sera centrée sur ce protocole.

    Étape 3 : Réparation

    Vous devez appliquer les moyens identifiés pour réparer les effets négatifs de votre comportement.

    Protocole d'analyse du comportement dommageable

    De quel genre de comportement s'agit-il ? (encerclez le point correspondant) :

  • Geste parasuicidaire 1 (exemple : automutilation)
  • Geste suicidaire 2
  • Comportement hétéro-agressif (envers un individu, envers l'environnement)
  • Autre comportement impulsif (dépenses, consommation, boulimie...), nommez le : _______________
  • 1 : Comportement autodestructeur fait dans le but de se soulager d'une douleur émotionnelle.
    2 : Comportement fait dans l'intention de mourir.


    1. Description du comportement :

    a) Décrivez en détail votre comportement.

    b) Où cela s'est-il passé ?

    c) Quand cela s'est-il passé ?

    d) Qui d'autre était impliqué ?


    2. Antécédents :

    a) Quels sont les principaux événements qui ont précédé ce comportement ?

    b) Comment vous sentiez-vous avant ce comportement ?
    - pensées :

    - émotions :

    - sensations physiques :


    3. Conséquences :

    a) Quelles ont été les conséquences de ce comportement ?
    - sur vous (vos sentiments, vos pensées, vos comportements, etc.)

    - sur les autres (leurs réactions)

    - sur votre environnement


    4. Analyse des solutions :

    a) Quelles stratégies avez-vous utilisées ?

    b) Quelle a été leur efficacité ?

    c) Quels moyens ou habiletés auriez-vous pu utiliser pour éviter ce comportement ?

    d) Qu'est-ce qui vous a empêché d'utiliser ces moyens cette fois-ci ?


    5. Résumé :

    a) Que retenez-vous de cet événement ?

    b) Quels moyens pourriez-vous utiliser dans l'avenir pour prévenir ce comportement dommageable ?


    6. Réparation :

    Vous avez la responsabilité de réparer les effets négatifs que votre comportement a entraîné à vous-même, à vos pairs, à des membres du personnel, à des membres de votre famille ou à toute autre personne.

    a) Auprès de qui comptez-vous réparer ?

    b) Que comptez-vous faire pour réparer ?



    Prérequis à l'utilisation des stratégies de tolérance à la détresse

    Démarche :

    1. Reconnaître l'existence de cette détresse, ne pas fuir, ni la nier. L'identifier, en prendre conscience.
    2. Observer ses pensées, émotions, son environnement (situation - événement - entourage) sans juger, sans tenter de les contrôler ou sans s'attendre à ce qu'ils changent.
    3. Appliquer les stratégies de tolérance à la détresse (cliquez ici).
    Pensées intégrées face à la détresse :

    À faire à la maison ... exemples :

    1. "Je vis une émotion accablante, un moment pénible."
    2. "Je sens que je ne peux rien y changer maintenant."
    3. "Cela est temporaire."
    4. "J'essaie de tolérer ce moment en utilisant des stratégies pour ne pas dégrader la situation"
    5. ...
    6. ...
    7. ...
    8. ...
    9. ...
    10. ...
    "Briser la force d'inertie implique de tolérer l'agacement, le malaise
    et de maintenir l'effort jusqu'à ce que l'effet désiré soit obtenu ou que le but soit atteint."

    Bureau, Jules. (1993) Le goût de vivre. Montréal, Les éditions du méridien.


    Principes à retenir :

  • La crise est un processus ayant un début et une fin.
  • Il y a toujours un facteur déclenchant : interne (émotions/pensées) et/ou externe (événements/relations).
  • La douleur fait partie de la vie.
  • On doit tenter de se retrouver à un niveau identique ou supérieur en post-crise.
  • Accepter la réalité avec ses écueils, ses joies et ses déceptions.
  • Sélectionner et ajuster la durée et le nombre de stratégies selon l'intensité de la crise : en expérimentant.
  • Lorsqu'au sommet de la crise, éviter de prendre des décisions importantes ou de faire des changements majeurs dans la vie.
  • Stratégies à adopter :
    - Se protéger de l'envahissement émotionnel :
    - Identifier ses propres limites
    - Reconnaître son impuissance
    - Établir certaines règles
    - Adopter des moyens pour tolérer l'inconfort et gérer son stress
    - S'investir dans des activités de loisirs
    - Se distraire en s'engageant dans des activités intellectuelles, manuelles, etc.
    - Utiliser des méthodes de détentes
    - Recourir à l'aide du réseau de soutien local ou une aide professionnel.
  • Certaines stratégies utilisées par une personne souffrant d'un trouble de personnalité n'ont des effets bénéfiques qu'à court terme. Elles ne diminuent pas les émotions douloureuses, elles aident à survivre.

    À retenir également :

  • La crise est provoquée par une demande excessive de l'environnement, demande imposée qui dépasse les mécanismes d'adaptation habituels de l'individu (stratégies) et qui fait appel à des ressources supplémentaires insoupçonnées.
  • La notion de crise chez un individu comporte des aspects positifs.
  • Il est important de tenir compte autant des facteurs extérieurs et sociaux que des facteurs intrapsychiques.
  • L'aspect créatif des crises doit être retenu, car elles font partie intégrante du développement de chacun aux diverses étapes de la vie.
  • Tout changement important chez une personne, soit extérieur soit intérieur, qui modifie de façon significative son vécu et son ressenti est susceptible de provoquer un stress d'adaptation. Les "stresseurs ordinaires de la vie" contribuent alors à entretenir une certaine vulnérabilité et ce, jusqu'à l'instauration d'un nouvel équilibre.

  • Mécanismes adaptés face à la crise

  • L'exploration active des solutions réalistes et la recherche des informations pertinentes
  • L'expression des sentiments positifs et négatifs
  • Tolérance envers la frustration
  • L'acceptation du soutien de l'entourage
  • La séparation du problème en parties plus petites et manipulables
  • Prise de conscience des tensions vécues et de la désorganisation éventuelle
  • Maintien du contrôle de soi dans d'autres aires de fonctionnement
  • Le changement de ses sentiments
  • L'acceptation de l'inévitable
  • La flexibilité et la volonté de changer
  • La confiance en soi et en autrui
  • Un certain optimisme quant à l'avenir
  • Source : Groupe psychoéducatif du Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean, Atelier sur la Tolérance à la détresse, Janvier 2000, Brigitte Lefebvre, Ergothérapeute

    Révision linguistique par madame Hélène Pauzé, bénévole, membre associé de l'AQOLP, le 12 juin 2008